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OEILLERES

OEILLERES

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C’est entre peau d’orange et zeste de lune que se détache la parfaite sphère d’un sein, pleine, lourde et globuleuse. Organe inquisiteur, procuration d’orbites rendus aveugles par une chrysalide identitaire.

 

Jeu de miroir d’un pied déployant sa plante, dentelée, crépue, cannelée, d’un pétale qui se contemple, calleux, grenu et ridé.

 

Tête de pissenlit dépeuplée que l’accablement lentement incline, comme les aléas du temps, l’érection de certains arômes disséminent.

 

Horticulteur de profession, Roberto Greco investit les médiums de la lumière pour opérer un détournement du dictat d’ingestion esthétique. Œillères convoque simultanément la photographie, la vidéo et l’olfaction autour d’un éloge du déclin. Mettant tour à tour en scène la texture épidermique de corps anonymes et la cambrure avachie de fleurs flétries, il file une mise en abime qui nous parle d’artifices.

 

Poétique du cocon, ses masques suggèrent une gestation de l’identité, une suspension du temps. Sommes-nous encore vivants, pour peu que l’on ne soit que des corps ? Surfaces flasques qu’une lumière ombrage avec le dramatique d’un Caravage.

 

Beauté éphémère, le floral a quelque chose de la superbe et de l’insolence. Traité sur fond de chromatique synthétique, il réveille les affinités du kitsch avec le cynisme. Comme d’un Sarah Moon, l’anorexie des tiges fait éclore un manifeste de vanité.

 

D’une charogne, Baudelaire retient une puanteur si forte qu’elle engendre une peur de la contamination par l’odeur. De charognes en devenir, Roberto Greco et Marc-Antoine Corticchiato créent un parfum. Un parfum d’antiphrase et d’oxymore qui projette une dénonciation de finitude sur les vivants. Sur vous, sur moi.

 

Carcan d’anti-fleur flattant l’encolure, camomille et genêt s’épanchent en une insidieuse parure. Pétale fané aux exhalaisons de paille, pollen mielleux aux relents de sueur, champignon, poussière minérale, gangrène vénale aux élans de splendeur. Sur mue de gomme fumée le styrax ondoie tel un encens cireux, tandis que lentement l’étau se resserre, sur fond de peaux mêlées.

 

Oeillères infuse son discours dans une myriade de médiums dont nous faisons partie.

Arborant le murmure du temps qui passe dans notre cou, nous propageons son emprise dans notre sillage.

Et participons à cette œuvre de la diffraction olfactive.