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PATRIMOINE OLFACTIF

PATRIMOINE OLFACTIF

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VERSION INTEGRALE MEMOIRE

PATRIMOINE OLFACTIF

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Il m’apparait nécessaire, pour la bonne compréhension de la présente lecture, d’introduire son propos par une courte digression sur la manière dont la philosophie de l’art m’a menée à me passionner pour la dimension olfactive.

De façon relativement prosaïque, je peux affirmer ne pas être spécialiste de l’olfaction.

L’intérêt que j’ai progressivement consacré à son apprentissage découle d’une saturation méthodologique accumulée lors de ma formation en histoire et philosophie de l’art. Ce tropplein d’outils d’analyse m’a conduite à considérer l’ensemble des arts étudiés sous le prisme d’une certaine « dictature du visible. » Cette notion dénonce à mes yeux la forte présence des arts visuels au banc de la critique, idée que Mc Luhan et Harley Parker approfondissent au cours de l’ouvrage Le musée non-linéaire, notamment en prônant le développement d’une expérience sensible au sein d’un musée pensé comme multimédia. Je ferai ici fi du domaine musical dont l’ensemble des textes analytiques renvoie pour la plupart à des mesures parallèles à celles que nous essaierons de développer ici. Il me semble – peut être à tort – que les opérations de critiques musicales touchent plus particulièrement à la justesse d’exécution de l’interprète, et que la transposition de tels critères au domaine du visuel renverrait d’avantage à la définition de la valeur d’un tableau relativement au degré de figurativité.

Soit, une critique appliquée à la peinture en trompe l’œil telle qu’il s’en fait depuis l’an 300 avant JC. En témoigne le célèbre récit de Pline l’ancien concernant le duel des peintres Zeuxis et Parrhasius. Compte tenu des multiples évolutions techniques ayant influencé la création artistique en général, le degré de figurativité à lui seul ne permet plus de juger la pertinence ni la valeur d’une œuvre d’art. C’est principalement pour cette raison que la dominance du visible que j’évoquais plus tôt ne se laissera ici pas nuancer par le champ musical.

La « dictature du visible » consiste en ce que, sous la spécificité du médium, l’influence des époques et les typologies des courants, la similitude principale à pratiquement toutes les œuvres d’art est qu’elles doivent – ou peuvent – être abordées par l’intermédiaire de la vue. Or, l’appréhension visuelle implique couramment une méthodologie interprétative. Dans le domaine des arts, la formation universitaire ne livre aucune donnée véridique dans l’absolu, seulement des repères et des mécanismes de réflexion. Le plus récurrent d’entre eux tient en la méthode d’analyse de l’image. Géométries secrètes, symbolismes diversifiés et symétries en tous genres, chaque détail suit un protocole d’interprétation spécifique afin de mettre au jour les sens potentiellement contenus dans un tableau. L’ensemble de ces techniques est explicité par Daniel Arasse dans les ouvrages Le détail et On n’y voit rien. Un inconvénient consiste en ce que ces procédés aboutissent à des résultats récurrents, et génèrent de fait, une sorte de facilité d’analyse qui tend à affaiblir le potentiel critique d’une étude.

C’est ainsi que, désirant m’affranchir de ce qui me semblait d’avantage relever de la contrainte plutôt que de l’assistance, j’ai pris le parti d’orienter mes recherches sur un terrain où je serai libre d’avoir un œil – ou plutôt un nez – neuf.

Je me suis passionnée pour l’aléatoire du caractère olfactif et la difficulté de ses théories tout en parvenant à lui maintenir un attrait qui soit principalement philosophique.

Ce point ci est important puisque bien qu’ayant dû adopter divers angles de prise de vue – nous le verrons plus loin – afin de cerner un sujet qui m’était alors inconnu, l’axe philosophique est toujours demeuré le fil conducteur de mes recherches.

Afin d’éviter le sentiment d’incomplétude des données à venir, il sera nécessaire à tous lecteurs de garder cette donnée en mémoire. La présente démarche se propose d’appréhender et de discuter la notion de patrimoine olfactif sur le plan théorique et philosophique. Elle relève notamment du souci d’appréhender l’objet olfactif comme un objet d’art et conséquemment, de pouvoir en élaborer un discours critique.

Cette recherche soulèvera de nombreuses interrogations relatives au croisement des dimensions olfactives et patrimoniales, étudiera diverses propositions observables de patrimoines olfactifs, et tâchera de mettre au jour les enjeux soutenant la création inédite d’une telle typologie patrimoniale. A terme, il est pourtant à envisager qu’aucune réponse théoriquement valable ne puissent convenir au paradigme de la mise en pratique, et inversement.